La Queen Régionale : Bouillabaise de Marseille

La Queen Régionale : Bouillabaise de Marseille

Direction la Cité Phocéenne cette fois pour l’interview de la Queen Régionale. Et c’est la Reine au nom évocateur Bouillabaise de Marseille qui représente sa ville. L’occasion de parler de son travail, de sa sororité et de la scène locale.

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Est-ce que tu peux nous dire comment tu as découvert l’univers DragQueen ?

J’ai deux souvenirs très marquants qui remontent de mon adolescence. C’est à cette période que j’ai dû commencer à découvrir cet univers. Le premier est cinématographique, les films de Pedro Almodovar avec notamment Talon Aiguille. Mon second souvenir est musical avec le groupe Sister Queen et leur titre “Let me be a Draqueen“. Grande révélation pour moi et grand plongeon dans l’univers du Drag. Je garde une profonde affection pour Tonya et Yazz qui sont des pionnières en France de la visibilité Drag au grand public.

Qu’est-ce qui t’a plu dans cet art ?

L’infini des possibilités ! Le Drag autorise toutes les formes de transgression. Dans ma définition de cet art, un/e drag est une créature (voir un être extraterrestre). On peut genrer ou non ce personnage, humaniser ou animaliser, végétaliser selon l’idée et le message que l’on veut faire passer. Tout cela par son interprétation, sa vision, son costume et son esthétique. Je vois le Drag comme un support qui permet d’aller toucher et/ou bousculer l’autre dans son intérieur. J’aime le questionnement que cela peut faire naitre et les échanges que cela crée.

Est-ce qu’un évènement ou une personne t’as donné envie de sauter le pas ?

C’est avant tout une démarche personnelle. J’avais envie d’exprimer mes idées, ma créativité, mon esthétique à travers ce personnage. Les rencontres ont fait le reste, en particulier, avec DocQueen que je considère comme ma DragMother qui m’a accompagné dans mes débuts.  Et aussi mes deux amies/soeurs Kimberley Vegas et Stessie Boom Boom avec qui je continue mon évolution.

bouillabaise-de-marseille-visuel-interview-dragqueens.frBouilla by JBP

Tu te souviens de ta première fois en Drag ? As-tu une anecdote ?

Oui je me souviens très bien de cette première sortie, c’était pour un réveillon. Le thème était sur les séries. J’avais décidé d’interpréter le personnage de Miss Fine de “The Nanny“. Pour se faire, j’ai subtilisé dans le dressing de ma mère (en essayant qu’elle ne le remarque pas… (rire)) presque tout ce dont j’avais besoin. Un magnifique tailleur de couturier, un chemisier, un wonderbra et des collants, le tout bien trop petit pour ma taille. J’avais acheté une perruque de piètre qualité que j’avais réussi à crêper au maximum et une paire d’escarpins bien trop serrés (mes pieds s’en souviennent encore). Soirée mémorable et souvenir impérissable !

Pour parler de ton personnage, comment le qualifierais-tu en quelques mots ?

Bouilla (pour les intimes), c’est un mix entre les realhousewives of Beverly Hills et une cagole un peu chic de Marseille. Une sorte de bourgeoise altermondialiste, ça la résume plutôt bien. Elle préfère de loin siroter des cocktails que faire de la scène (rire). Son terrain de jeu ce sont les événements mondains, caritatifs, les red carpet et les studios photo. C’est un personnage atypique dans le monde du Drag que l’on retrouve régulièrement au milieu de la nuit sur une scène (elle-même ne sachant pas comment elle s’est retrouvée là…).

Ton pseudonyme a-t-il une histoire ?

Un nom pareil a forcément une histoire. C’est un ami très proche qui est à l’initiative de ce nom, il faut savoir que c’est un fin palais à l’esprit vif. C’est un jeu de mot sur la bouillabaisse, plat traditionnel marseillais (soupe de poissons) dont je suis originaire, qui est devenu la bouille à baise de Marseille. Je vous laisse imaginer le pourquoi… Nickname difficile à assumer en garçon c’est donc devenu mon nom de Drag.

bouillabaise-de-marseille-visuel-interview-dragqueens.frBouilla et ses 2 soeurs Kimberley Vegas et Stessie Boom Boom au Bal des pompiers by Juliensefaufile

En tant que co-fondatrice de la sororité des 3 grâces, peux-tu nous en parler ? Expliquer un peu à quoi cela sert ?

Nous avons créé cette sororité avec Kimberley Vegas et Stessie Boom Boom, mes deux soeurs. Nous avons choisi ce terme car nous ne nous retrouvions pas dans le concept des Houses et Dynasties où il y a une Mother, ses filles et petites filles (pour les plus prolifiques).

Le concept de la sororité nous permet d’être sur un même plan. Sans hiérarchie, et de reprendre les valeurs liberté, égalité, fraternité version Drag. Nous avons choisi de la nommer “la sororité des 3 grâces“ en référence aux trois déesses Allégresse, Abondance et Splendeur qui sont trois qualités que l’on retrouve dans l’art du Drag.

Quand nous avons décidé de créer cette sororité, le premier but de notre projet était de pouvoir nous rassembler. Aborder ensemble des thèmes donnés avec nos trois sensibilités et visions artistiques, comme un collectif de création. Dans un second temps, nous avons été sollicités par de jeunes personnes qui souhaitaient découvrir l’univers du Drag ou de jeunes Drags. Très naturellement, nous avons donc développé une forme de conseil/coaching et d’accompagnement bienveillant avec nos filleules telles les 3 bonnes marraines les fées.

Tu es DragQueen à Marseille, comment est la scène Drag dans ta ville ?

Je suis plutôt une Dragqueen “de“ Marseille, mes projets artistiques se développent souvent loin de la ville où je réside. La scène drag marseillaise est encore un peu timide à mon sens mais des projets prennent formes et le public est enthousiaste. Affaire à suivre !

bouillabaise-de-marseille-visuel-interview-dragqueens.fr Bouilla by JBP

Est-ce qu’il y a beaucoup de bars ou d’endroits où les Queens peuvent se produire ? (en temps normal sans covid)

Marseille est une ville qui se transforme depuis quelques années. Le milieu LGBTQIA est en plein développement grâce au travail des associations et chefs d’entreprises volontaires. J’ai beaucoup d’espoir notamment depuis les dernières élections municipales. Le changement de direction que prend la ville aura forcément un impact positif sur l’ensemble de notre communauté et permettra la naissance de nouveaux projets, de lieux et plus de visibilité. Nous avons bien sûr des établissements historiques comme le New Cancan qui est la discothèque marseillaise haut lieu d’accueil des artistes. Et également l’Annexe Bar qui reçoit régulièrement des artistes. Depuis quelques temps, je vois aussi une ouverture d’esprit, et la présence de Drag dans quelques soirées grands publics.

Est-ce que tu as des projets pour Bouillabaise, ou fais-tu cela par plaisir ?

L’année 2020 aurait du être bien chargé pour l’agenda de Bouilla. La covid 19 en ayant décidé autrement, beaucoup de dates et d’évènements ont été repoussés à l’année suivante. En espérant que 2021 nous annonce de meilleurs jours pour tous. En parallèle, Bouilla travaille en collaboration sur des projets création de costumes, photos et évènements, pour elle-même et également d’autres Queens. So stay tuned !

Pour terminer, as-tu un petit mot à passer aux lecteurs ?

J’aimerai remercier toutes les personnes qui nous soutiennent, nous encouragent, nous boostent par leurs regards, leurs sourires, leurs paroles et toutes leurs attentions. Le drag c’est avant tout un voyage vers soi et vers les autres, continuons à créer du lien, échanger, partager. Continuez à supporter vos Queens préférées, soyez curieux d’en découvrir de nouvelles !

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Merci encore à Bouillabaise de Marseille de m’avoir accordé un peu de temps pour répondre à mes questions. Si vous voulez en savoir plus sur la sororité, cliquez ici pour suivre le compte Insta.

N’hésitez pas à découvrir les autres Queens régionales sur le site. Comme par exemple Safir de Bayonne, ou Orgyna Velour de Lyon.

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