Discussions avec des DragQueens Plus Size

Discussions avec des DragQueens Plus Size

Nouvelle série de témoignages autour du thème des DragQueens Plus Size. Sulyh Bourlesque et Kimberley Tartine de France et Betty Bangles d’Afrique du Sud ont accepté de répondre à mes questions.

Le but, elle en était d’accord, est de poser des questions un peu clichées afin d’avoir leurs réponses sincères. Les looks, les critiques, la bonne copine ronde, on a abordé plusieurs sujets. Découvrez leurs avis.

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Pour débuter, peux-tu te présenter en quelques mots aux lecteurs ?

Sulyh : Bonjour à tous.tes, je m’appelle Sulyh Bourlesque, Drag Queen plus size depuis plus d’un an, je performe (principalement sur Montpellier), lip sync, pose, coiffe et je réalise également des vidéos sur Youtube, vidéos qui tournent principalement autour de mon art.

Kimberley : Kimberley Tartine (levez la main si vous avez compris :D), Kim pour les amis, Miss Tartine pour les autres, est une Drag bordelaise connue pour n’avoir jamais performé à ce jour (Merci miss Covid)

Kim est bordelaise d’adoption. Elle est née, a grandi et a fait ces études à Paris. Elle y est restée les 24 premières années de sa vie. Ce fût, croyez-moi, 24 années bien remplies.

Betty : Je m’appelle Betty Bangles. Je suis une artiste Drag d’Afrique du Sud. Je fais du divertissement depuis 20 ans, et j’espère le faire encore pendant 20 ans !

Tu es une DragQueen avec des formes. As-tu hésité avant de te lancer ? En te disant par exemple que ce n’était pas pour toi ?

Sulyh : Non, ce n’est pas quelque chose qui est entré en jeu sur ma décision de commencer ou non. Car ce n’est pas quelque chose que j’assumais pleinement avant de commencer. Je m’étais habitué à la grossophobie ordinaire, ça faisait partie intégrante de ma vie. Donc ça ne m’a ni bloqué ni posé de problèmes à aucun moment.

Kimberley : Si j’ai hésité ce n’est pas à cause de mes formes. J’ai découvert le Drag, comme beaucoup de personnes en France je pense, grâce à la RuPaul’s Drag Race. Et il y a souvent eu des DragQueens Plus Size. Après, je ne me suis pas arrêté à RPDR car je pense que ça ne représente pas toute la diversité des types de Drag existants. Et je me suis rendu compte que c’était répandu, plus que ce que je ne le pensais. Cela m’a montré que c’était possible !

Betty : Oui, j’ai hésité. Mais pas à cause de ma taille. Cela a peut-être joué un petit rôle, mais c’est surtout le fait que je doute toujours de moi, quoi que je fasse. Je suis ma pire critique. Le Drag m’a en fait aidé à surmonter beaucoup de mes insécurités.

Sulyh Bourlesque Dragueens plus sizeSulyh by @l_plp24

Est-ce qu’il y a des looks que tu t’interdis ou, au contraire, tu y vas à fond ?

Sulyh : Je ne m’interdis pas de looks, ce sont les looks qui s’interdisent à moi. J’essaie plusieurs styles de look street, sexy, chic… Malheureusement je n’ai pas pu commencer avec les vêtements de ma mère de ma sœur … J’ai été obligé d’acheter des vêtements ‘féminins’ pour commencer, et bien évidemment en ligne, car la plupart des boutiques s’arrêtent au 44. Et quand tu trouves, ce n’est souvent pas des vêtements qui mettent en valeur mais plutôt des vêtements pour cacher ou très amples. J’aimerais faire des looks BDSM sans avoir à contacter quelqu’un pour me faire un harnais que je ne remettrai certainement plus jamais.

Kimberley : Pour mon 1er look, je me suis retrouvé avec un tutu, un corset, un soutient gorge et des cheveux. Je ne veux rien m’interdire. J’ai encore des vieux relents de « pudeur » mais quand cela m’arrive j’ai ma famille, La Morgue, qui me pousse à y aller à fond. Cela me motive à chaque fois ! Je parle de relents de « pudeur » mais c’est plus des stéréotypes sociétaux qui me disent « quand on est fort, on ne peut pas mettre ceci et cela », et je ne veux pas/plus que cela m’arrête.

Betty : Au début, je m’assurais que mes vêtements n’étaient pas trop courts ou trop serrés, pour pouvoir cacher mon corps. Mais en vieillissant, je me suis montré plus tolérant envers moi-même. Aujourd’hui, je me retrouve à dire à mon styliste d’aller plus court et plus serré. J’ai même fait faire un justaucorps pour mon one-man-show, et je me sens en confiance.

As-tu déjà ressenti des mauvais regards ou autres venant d’autres Queens ?

Sulyh : Alors, bien évidemment que oui, car avant d’être des Queens ce sont des Humains. Queens ne veut pas dire Queer, et ne veut pas dire non plus tolérants ou bienveillants. Après, ce n’est qu’une minorité de personnes négatives, l’immense majorité des Drags avec lesquelles j’ai pu échanger étaient bienveillant.es.

Kimberley : Je ne me suis jamais senti jugé par d’autres Queens. Au contraire ! Je ressens surtout beaucoup d’acceptations dans la communauté Drag par rapport aux DragQueens Plus Size. Honnête, ou pas, ça s’est une autre question 😀

Kimberley tartine Dragqueens plus size

Est-ce que le Drag t’as permis de mieux accepter ton corps ou alors tu étais déjà très à l’aise avant cela ?

Sulyh : Le Drag m’a permis de poser des mots sur une souffrance. De prendre conscience que je suis gros.se, qu’il n’y a aucun problème à ça. Je me suis trouvé beau.belle, que la beauté ne se résume pas à un chiffre sur une balance.

Cela m’a aidé à me déconstruire et me rendre plus fort.e contre la grossophobie. Car elle est bien plus présente au quotidien que ce que l’on pense. Comme exemple vos Queens qui ne partagent que des femmes minces ou des mecs musclés car ‘c’est beau’ donnent plus de complexe qu’autre chose. Également votre médecin qui vous dira qu’il serait temps de maigrir alors que vous ne lui avez rien demandé.

Kimberley : Je n’ai jamais été très à l’aise avec mon corps pendant une très grande partie de ma vie. Mais pour que Kim existe, Xavier a d’abord dû s’accepter en grande partie. Aujourd’hui j’accepte mon corps en tant que Xavier et Kim m’aide à aller plus loin dans cette acceptation. Les deux vont de pair et se nourrissent l’un l’autre. Pour moi. Le Drag peut être un exutoire qui permet d’accepter des choses dont on se sent incapable dans la vie « civile ».

Betty : Je souffre d’anxiété sociale et j’ai donc une lutte constante en moi pour sentir que je m’intègre. Donc afin de répondre à votre question, oui. Mais je ne peux pas dire que c’est à cause de ma taille. En fait, je pense qu’être une DragQueens Plus Size m’a aidé à me forger un caractère.

Beaucoup de Queens avec des rondeurs font de l’humour. Que penses-tu de ce côté bonne copine rigolote ?

Sulyh : Que c’est un cliché car je ne suis pas drôle… Sinon plus sérieusement c’est juste que le public pense que l’on est bonne que pour ça. Car si on est grosse alors forcément l’on ne saura pas danser, qu’on n’est pas belle à regarder. Et en tant que personnes grosses on subit déjà tellement de pression, de harcèlement… qu’on en vient parfois à faire de l’auto-dérision, à se moquer de nous-mêmes. Simplement pour faire rire et se sentir accepté par les autres. Et honnêtement qui est gêné par l’humour sur les gros.ses a part les gros.ses ? Donc au final on sert au public ce qu’il veut…

Kimberley : Si seulement cela s’arrêtait au Drag 😀 Dans une société grossophobe par nature, on doit trouver quelque chose à « apporter » pour être « accepté » et « reconnu ». C’est un outil, et on ne devrait pas se priver d’utiliser nos atouts car malgré nos corps de rêve cela ne fait pas tout 😀

Mais cela change. Les Queens plus size ne sont plus cantonnées à faire rire. Elles peuvent aussi proposer des looks innovants, proposer des lipsyncs intenses et plein d’émotions et tant d’autres choses encore.

Betty : Le « gros personnage » est dans 99 % des cas le plus drôle. Il y a des années, j’étais très dépendant à la drogue, et j’ai perdu beaucoup de poids. Quelqu’un m’a même dit : “Fat Betty était tellement plus drôle”. Je suis sobre depuis 9 ans maintenant, et j’ai retrouvé ma silhouette ronde. Je crois que ce sont les drogues qui m’ont volé mon humour et non mon manque de poids. La comédie vient de l’intérieur mais je suppose qu’une silhouette plus ronde ajoute un peu plus de rire.

betty bangles dragqueens plus size

Pour terminer, est-ce que tu as un message à faire passer à celles et ceux qui n’oseraient pas se lancer car elles ont des formes ?

Kimberley : Les formes sont un atout. J’ai plaisir à dire qu’elles sont proportionnelles à notre personnalité 😉 alors profitez-en et exposez-les au monde entier.

Et mon adage préféré : « Mange ce que tu veux, quand tu veux et autant que tu veux, et si quelqu’un te critique par rapport à ton poids, mange-le aussi put… »

Betty : Allez-y ! !! Si vous faites quelque chose de stupide, vous l’oublierez en peu de temps, mais le regret ne disparaît jamais ! Ne laissez personne vous dire de rêver petit.

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Merci encore à Betty Bangles, Kimberley Tartine et Sulyh Bourlesque d’avoir joué le jeu. J’espère que cet article sur les DragQueens Plus Size pourra être utile à certains ou aura été plaisant à lire.

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