La Queen Parisienne : MyëVe Märchen

La Queen Parisienne : MyëVe Märchen

MyëVe Märchen, mon invitée du jour est une DragQueen touche-à-tout. En plus du Drag, elle est connue dans le monde du doublage, des conventions et va sortir prochainement son premier single. Autant vous dire que nous avions des choses à nous dire.

Je vous avais donné un avant gout de sa voix ici avec ses covers.

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Peux-tu nous dire de quelle manière tu as découvert pour ta part l’art du DragQueen ?

Comme beaucoup de ma génération, grâce à RuPaul’s Drag Race. Mais c’est avec cette émission que je me suis rendu compte en fait que je suivais déjà des artistes qui faisaient du Dra. Mais ils ne le revendiquaient pas comme tel, comme la chanteuse japonaise Kaya que j’adore. Elle ne se revendique que seulement depuis quelques années DragQueen alors qu’elle en a toujours fait. Elle fait partie de mes grandes inspirations encore aujourd’hui. Mais j’ai appris à vite me détacher de RuPaul’s Drag Race, car à mesure de visionner l’émission, je commençais déjà à me lasser de toujours voir les mêmes profils d’artistes. Surtout quand on connaît l’immense diversité de cet art.

Qu’est ce qui t’a plu là-dedans ?

La liberté de création, d’expression. Mon personnage Drag, j’en fais ce que je veux. Personne n’a rien à en redire. Je n’utilise pas cet art pour faire ce qu’on attend de moi, je l’utilise pour ME faire plaisir. Et aussi transmettre ce que JE veux, ce qui me tiens à coeur, mon univers. Au final, le Drag, c’est un peu une porte ouverte vers mon jardin secret.

 Est-ce qu’une personne ou un événement t’as aidé à franchir le pas ?

Il y’en a deux. Une de mes excellente amie, Mélanie, avec qui j’ai fait mes premiers test make-up quand j’étais encore en Charente Maritime, avant de débarqué à Paris. Elle s’y connaît un peu en maquillage, même si le Drag était une découverte pour elle. Arrivée à Paris, j’ai fait la rencontre de ma Drag Mother, Miss Fit, qui est aujourd’hui un pilier pour moi. Notre drag est très différent mais elle est toujours là pour me soutenir dans tout ce que je fais. Et c’est cela que je recherche chez une Drag Mother.

Pour parler de MyëVe, comment la qualifierais-tu en quelques mots ?

MyëVe Märchen est exubérante, chantante, chatoyante, mignonne, bruyante, féerique mais aussi effrayante parfois.

MyëVe Märchen interview dragqueens.fr

Est-ce que ton pseudonyme à une histoire ?

Oh que oui. Et son histoire est si importante pour moi que même si les gens ont bien du mal à l’écrire et à le prononcer, ce serait très difficile de m’en séparer. Mon pseudo est intimement lié à mon histoire personnelle. MyëVe se compose de « My » en anglais et le prénom « Eve » qui pourrait se traduire en français par « Mon Eve ».

Eve est une référence à la femme originelle biblique, ce qui signifie que je deviens « mon Eve personnelle ». Je me réapproprie la femme que je souhaite devenir, ce qui est important pour moi à exprimer en tant que femme transgenre. Le tréma sur le « ë » c’est parce qu’il est présent dans mon prénom civil. Et le « V » majuscule est très important puisque c’est la première lettre de mon Deadname. Pour me rappeler que je ne dois pas non plus renier mon passé car c’est grâce à lui que je suis ici aujourd’hui.

Quant à « Märchen », cela signifie « conte de fée » en allemand. Et cela souligne bien l’esthétique de mon Drag. Puis ça sonne bien avec MyëVe.

MyëVe te ressemble un peu ou c’est vraiment un opposé de toi ?

Oh on se ressemble énormément même. Je ne saurai dire parfois où MyëVe commence et où je me termine (rires). La frontière entre les deux est floue. MyëVe Märchen c’est juste une extension fantasmagorique et fabuleuse de moi-même en fait.

Tu es très inspiré dans tes looks de la culture pop asiatique que tu aimes. Est-ce que dès tes débuts en Drag tu t’es dit que tu allais associer ces 2 univers forcément ?

C’était une évidence. La pop asiatique influence tellement de mes travaux artistiques. Je fais partie d’un groupe de 11 chanteurs.euses du nom de « No Time No Tune » depuis 6 ans. Nous chantons des musiques japonaises, coréennes et de la pop culture. Nous tournons dans les conventions asiatiques depuis longtemps. Alors cet univers qui est le mien devait obligatoirement se retrouver dans mon Drag. Et puis, nombres de chanteurs et de chanteuses au Japon sont des Drags en puissance. Il suffit de prendre la chanteuse du groupe ALI PROJECT  et de voir ses costumes impressionnant pour se rendre compte qu’elle emprunte énormément aux Drags.

Tu es une Drag à Paris, quel est ton regard sur la scène locale de la Capitale ?

On est une scène plutôt diversifiée je trouve. En tout cas, une scène ouverte à tous type de Drags. La nouvelle génération est très open-mind et bienveillante avec les Baby Drags. Je dirais que c’est davantage la génération « d’avant », qui est là depuis plus de dix ans, qui devrait s’ouvrir davantage et comprendre que le Drag à évolué vers des esthétiques nouvelles et plus diversifiées. Que les femmes aussi, trans ou cis, font du Drag. L’évolution du Drag, c’est l’évolution de l’histoire de la communauté LGBTQIA+. « Refuser de le voir, c’est refuser de faire partie de l’histoire » comme à dit Priscilla Chambers, une DragQueen que j’adore. Je suis complètement d’accord avec elle.

MyëVe Märchen interview dragqueens.fr

Est-ce que le fait d’être une personne Trans qui fait du Drag a pu te faire rater des contrats ou autres ? Ou as-tu déjà ressenti des réticences ou difficultés ?

Je n’en ai pas eu l’impression en tout cas. J’ai été très bien accueillit tout de suite. J’avais un peu de réticence au début justement. Beaucoup de gens ne comprennent pas forcément pourquoi en tant que femme, je fais du « Queen » et non du « King » par exemple. La réponse est simple, me revoir sous une apparence masculine serait insupportable pour moi je pense.

Que penses-tu lorsque que l’une des DragQueens les plus populaires au monde tient des propos controversés sur la présence de personne Trans dans son show ?

J’ai été extrêmement attristée bien sûr. Surtout que je ne peux absolument pas recevoir ses propos qui accusent les femmes trans d’être semblables à des champions sportifs qui se dopent, quand la plupart des Queens qui passent dans cette émission font appel à de la chirurgie esthétique pour féminiser leurs traits du visage ! C’est de l’hypocrisie pure et simple pour moi et complètement transphobe. C’est une des raisons qui m’a poussé à m’éloigner un peu de ce show et à déconstruire davantage ma vision du Drag. Cela me fait rendre compte encore plus de l’importance que c’est que de revendiquer ma transidentité en tant que Drag Queen. Surtout que nous sommes très très peu nombreuses en région parisienne.

Tu as d’autres cordes à ton arc, tu es aussi une doubleuse qui travaille beaucoup dans ce domaine, comment es-tu arrivé là-dedans ? 

Je suis comédienne de doublage mais également actrice. Car depuis un an j’ai la chance d’enchaîner les tournages pour des courts-métrages et je commence à être approchée par des réalisations pour des longs métrages (dont un au Canada). J’ai toujours voulu appartenir à ce milieu-là, que ce soit le cinéma ou le monde du doublage. Le doublage est venu un peu par hasard car je fais pas mal de saga mp3 ( des série audio écoutables en streaming) en tant que comédienne et des opportunitées de prêter ma voix pour des projets d’animations indépendant ont commencés à venir. C’est comme ça que je me suis retrouvée à devenir la voix française officielle du personnage d’Angel Dust dans le cartoon indépendant américain « Hazbin Hotel » qui possède un public extrêmement nombreux et très fédérateur. Une très belle aventure qui, j’espère, continuera encore quelques années.

MyëVe Märchen interview dragqueens.fr

Et tu chantes également, avec ton premier single original prévu pour décembre. Peux-tu déjà nous dire quelques mots sur Sous Marine ?

Exactement. Je ne suis pas originaire de Suisse mais je suis quand même un couteau multi-tâches (rires). Je chante depuis longtemps et j’ai toujours aimé écrire mes textes. « Sous Marine » dormait dans mes tiroirs depuis deux ans et j’ai décidé de le proposer à Fabien Scarlakens ( qui à notamment composé et produit des titres pour Jeanne Mas, Desireless et Yianna Katsoulos) avec qui je me suis de suite entendu. C’est comme si on parlait le même langage musical. Et très vite, la chanson est née d’un feeling mutuel. C’est un titre très rétro, qui donne l’impression de sortir tout droit des années 80, un peu mélancolique et doux. Quant au thème de la chanson, je ne dirais rien de plus que « amour et premiers émois » au féminin ! J’espère vraiment que cette chanson plaira au public, qu’elle aura un joli parcours et, qui sait, ouvrira la porte à de futurs titres ?

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Merci encore à MyëVe de m’avoir accordé un peu de son temps et d’avoir accepté cette interview. Vous pouvez la suivre sur son Instragram notamment afin de connaitre la suite de ses projets. Et découvrir aussi le single dès qu’il sera disponible.

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