L'artise zize Dupanier, drag queen

L’artiste invitée : l’humoriste Zize Dupanier

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Ecrit part Velvet Divine

février 20, 2026

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu sa voix.
Un accent marseillais qui claque comme un talon sur le carrelage, une énergie solaire, presque volcanique.

Zize Dupanier n’entre pas dans une pièce. Elle la traverse.

Alors quand la tornade marseillaise a accepté de s’arrêter quelques instants sur dragqueens.fr, j’ai savouré le privilège.

On a parlé drag, transformisme, héritage, scène, public.
Et surtout — liberté.

Je vous laisse en sa compagnie.

“Je me sens un peu comme leur maman”

Je commence par l’évidence.

Quel est son rapport à l’univers des Drag Queens ?

Elle rit.

« Je me sens un peu comme leur maman. Une ancêtre certes… mais je connais très bien cet univers. »

Cette phrase m’a touchée. Parce qu’elle dit quelque chose d’essentiel : la transmission.
Zize ne vient pas de la génération RuPaul. Elle vient du transformisme de cabaret, de l’école des pionnières.

Bien sûr qu’elle connaît des queens.
« Énormément même. Elles font partie de mon public. Où que je joue en France, elles me soutiennent véritablement. »

Il y a dans sa voix une gratitude sincère. Et ça, dans ce milieu, je le remarque.

Des cabarets français à Las Vegas

A-t-elle déjà assisté à des spectacles drag ?

« Absolument. En France, mais aussi aux États-Unis : Miami, New York, Las Vegas. »

Ce n’est pas un folklore pour elle.
C’est une culture qu’elle a vue évoluer, se professionnaliser, exploser médiatiquement.

Et il faut le dire : les frontières entre transformisme, drag et performance queer ont toujours été poreuses. Ceux qui prétendent le contraire manquent d’histoire.

Lire mon article :  Ballroom : histoire, culture, codes et enjeux d’une scène queer révolutionnaire

La naissance de Zize : héritage et révélation

Pour comprendre Zize, il faut revenir aux racines.

Avant Zize, il y avait le transformisme aux côtés de Coccinelle et chez Michou.
Deux institutions. Deux monuments.

Puis il y a eu une révélation : Guilda, artiste canadienne découverte grâce à Coccinelle.

À partir de là, quelque chose s’ouvre.

« J’avais envie de jouer la comédie, chanter, faire un tas de choses sous les traits de Zize. Ma vie n’est plus la même depuis. »

Créer Zize, c’était quitter la simple performance transformiste pour entrer dans l’humour incarné.
Inventer une femme. Une vie. Un entourage. Une mythologie.

Et ça, mes chéris, c’est de la construction de personnage. Du grand art.

Zize n’est pas une Drag Queen — et pourtant…

La question était nécessaire.

Zize n’est pas une Drag Queen. Elle est un personnage fictif complet.
Un mari, des enfants, un entourage, une biographie inventée.

« Zize c’est une queen… la Reine des emmerdeuses ! » rit-elle.

Sexygénaire flamboyante, maquillage assumé, couleurs éclatantes, désir d’être vue.
Il y a évidemment des points de contact avec l’esthétique drag : l’exagération, la théâtralité, la construction identitaire.

Mais là où le drag performe le genre comme commentaire social, Zize performe un archétype populaire français. Une satire tendre, parfois mordante.

La nuance est subtile — mais essentielle.

La liberté que donne le personnage

Je lui demande ce que Zize offre à Thierry.

La réponse est presque intime.

« Zize ose dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Moi je suis timide. Zize est effrontée. Elle n’a aucun complexe. »

Lire mon article :  Queens : l’art du drag dans le monde, entre spectacle, identité et révolution culturelle

Voilà le cœur.

Le personnage devient un espace d’audace.
Un exutoire.
Un amplificateur.

C’est un mécanisme que je connais bien. Beaucoup d’artistes drag pourraient signer cette phrase. Le personnage permet d’oser ce que l’ego civil hésite à assumer.

La tournée, le public, et la survie digitale

La reprise de la tournée est une évidence pour elle.

« Je fais ce métier pour le public. Pour être sur scène. »

Mais le confinement a été brutal.
Les réseaux sociaux ont évité le burn-out. TikTok, Instagram, Facebook, Twitter : Zize continue d’exister, même sans scène.

Ce passage révèle une mutation contemporaine.
Le cabaret ne se limite plus aux planches. Il vit sur écran. Il s’adapte.

Et ça, c’est une transformation majeure du spectacle vivant.

Lire aussi : mon article sur Zize spectacle 2026

Confinement et écriture : l’intime devient mémoire

Le confinement a donné naissance à autre chose : un livre.

On lui demandait depuis deux ans d’écrire son histoire.
De Marseille aux lumières de Paris. De Coccinelle à Michou. Jusqu’à la création de Zize.

Elle l’a fait.

Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette transmission écrite.
Les artistes de cabaret ont longtemps été des mémoires orales. Les voir fixer leur parcours noir sur blanc, c’est précieux.

Un spectacle en mouvement

Évidemment, le spectacle évolue.

Le COVID, le confinement, les rapports homme/femme : tout devient matière à sketch.

Un personnage vivant doit respirer avec son époque.
Sinon il se fige.

Zize ne se fige pas.

“Je vous aime”

Son message final est simple.

Merci à la communauté.
Merci au public.
Merci à celles et ceux qui la suivent.

Lire mon article :  Drag queen célèbres : les icônes qui ont transformé la culture contemporaine

Et un projet télévisuel en préparation pour mettre la communauté à l’honneur.

Puis cette phrase :
« Je vous aime. »

Sans ironie. Sans distance.

Et je crois que c’est précisément cela qui explique sa longévité.

Je remercie Zize d’avoir accordé sa confiance à dragqueens.fr.

Son parcours traverse le transformisme, l’humour populaire, le cabaret, et dialogue naturellement avec l’univers drag contemporain.

Si vous ne l’avez jamais vue sur scène, allez l’applaudir dans La Famille, Mamma Mia.
Parce que certaines artistes ne se regardent pas à distance.
Elles se vivent.

Et moi, j’ai toujours un faible pour les femmes — réelles ou inventées — qui prennent la scène sans demander la permission.

À très vite, mes sublimes.

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Velvet Divine

Elle explore la culture drag depuis l’intérieur — entre scène underground, esthétique radicale et tension politique. Ici, rien n’est neutre.
Le glamour est une arme