Semaine spéciale artisans : Bruno Hastier

Semaine spéciale artisans : Bruno Hastier

Bruno Hastier est un chausseur spécialisé dans les bottes sur-mesure pour DragQueens. Pour cette semaine spéciale artisans sans qui nous ne serions rien, il a bien voulu répondre à mes questions.

J’espère vraiment que vous trouverez ses réponses détaillées aussi intéressantes que moi.

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Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs ?

Je m’appelle Bruno Hastier. J’ai 41 ans. Originaire de Lyon, j’ai quitté ma ville natale il y a deux ans pour m’installer à Clermont Ferrand. Au pied de la chaîne des Puys, classée récemment au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je suis un homme curieux et passionné par tous les métiers d’art et de l’artisanat.

Comment avez-vous découvert l’univers des DragsQueens pour votre part ?

J’ai découvert l’univers des DragsQueens à l’âge de 17 ans, dans LA grande discothèque de la région lyonnaise, le Titan. Lors d’une soirée « décalée », il y avait des guests parisiens. Je vois débarquer sur la scène 5 drags perchées sur des talons à plus de 35cm de hauteur.  Cette performance scénique a déclenché en moi une émotion si forte, qu’à cet instant, je me suis dit que je voulais faire cela. C’est à partir de ma majorité que j’ai franchi le pas pour être artiste drag sous le nom Demeter, personnage que j’ai fait vivre pendant 18 années.

Après avoir fait deux années d’études chez ES MODE, je décide de confectionner mes premiers costumes.

Comment êtes-vous arrivé ensuite dans le monde de la chaussure ?

A l’âge de 19 ans, je fais réaliser sur mesure ma toute première paire de bottes chez le fabricant espagnol Menkes. Quelques années plus tard et étant devenu un client fidèle, M. Jacobo Menkes, fondateur de cette maison, me propose de visiter l’atelier madrilène. Antonio, le cordonnier et Ino, le patroniste, m’ouvrent les portes de l’atelier et me montrent toutes les étapes de fabrication ainsi que leur savoir-faire. C’est à cet instant que je réalise la chance qui m’a été donnée.

Un an après cette visite, j’apprends le décès du patroniste et que la maison Menkes décide de mettre fin à cette activité. Ces événements m’ont incité à faire perdurer ce savoir-faire unique en mettant en pratique ce que m’avait transmis Antonio et Ino.

Comment sont venues ensuite les collaborations avec des Drags ?

Les collaborations se sont faites naturellement.  En effet, étant moi-même artiste et dans le circuit du spectacle, les Drags me sollicitaient via le bouche-à-oreille. Je ne fais aucune publicité commerciale. Ce sont exclusivement les Drags qui me contactent pour un projet de confection de bottes.

Bruno Hastier interview dragqueens.fr croquis Photo croquis pour la confection.

Est-ce que le travail est le même selon que ce soit une botte « classique » ou du sur-mesure pour Drags ? (temps, contrainte, matière, que sais-je encore …)

Le travail de confection d’une paire de bottes Drag sur mesure n’est absolument pas le même qu’une paire de bottes classique. En effet, les proportions sont multipliées dans la botte Drag (hauteur de talon et plateforme, calcul des centres de gravité pour une bonne stabilité, optimisation des cambrures pour un meilleur confort, pointures entre 40 et 45).

Il faut compter entre 1,5 mois de fabrication pour un modèle Drag classique et 2 à 2,5 mois pour un modèle plus complexe (modèle demi-lune). La réalisation, elle, est entièrement faite à la main.

350 étapes sont nécessaires pour réaliser une seule botte. Tout d’abord, les peaux que je commande en Espagne sont analysées (irrégularités, écorchures, vernis écaillés…) avant le lancement de la confection. Je dispose d’un nuancier avec une large gamme de couleurs ainsi qu’une palette de différents motifs (embossage, imitation crocodile…). La prise de mesure s’effectue avec un protocole strict (traçage des empreintes de pied du client pour effectuer une suite de mesure : largeur de pied, coup de pied, cheville, mollet, genou et demi cuisse et hauteur de genou et mollet).  Un patron est réalisé ensuite avec ces mesures.

Tous les talons sont taillés dans du bois de hêtre. Cette essence est dense tout en étant légère. Pour les plateformes, je ne dévoilerai pas la matière utilisée malgré les demandes insistantes d’artistes.

Ce sont les Drags qui viennent avec leurs propres idées (tailles, couleurs …) ? Ou il vous arrive aussi de lancer les idées ?

Lorsque les Drags me sollicitent pour un projet de confection, elles arrivent souvent avec un type de modèle en tête (couleur, talons aiguilles ou évasés, cuir verni ou mat, hauteur de talon). Mais ce sont généralement des modèles Drag classique pour les demandes françaises. En revanche, les artistes espagnols qui ont une culture plus extravagante me laissent souvent carte blanche pour réaliser un croquis. L’identification du besoin de l’artiste est importante pour déterminer le modèle le plus adapté à son utilisation. Et l’échange entre le créateur et l’artiste est essentiel à ce stade du projet.

bruno hastier interview dragqueens.frModèle de bottes terminé

Y a-t-il des Queens avec qui vous n’avez pas encore collaboré et que vous aimeriez pouvoir chausser ? Françaises ou internationales.

Il y a certainement des Queens avec lesquelles je n’ai pas eu la chance de collaborer et de pouvoir chausser. En revanche, ce qui me rend le plus heureux, c’est de pouvoir réaliser des modèles uniques que l’artiste soit débutant ou confirmé.

Je vous laisse le petit mot de la fin si vous voulez en profiter.

Malheureusement, avec cette crise sanitaire, le monde du spectacle est entre parenthèses. Les commandes se font rares. Mais ma passion m’anime toujours. L’Espagne, la terre de mes origines, est devenu mon refuge pour la création. Ce peuple au sang chaud n’a pas perdu son extravagance et me permets de continuer de rêver. Je tenais à remercier tous les artistes qui m’ont fait confiance et qui m’ont donné la chance de confectionner les modèles les plus excentriques qu’ils soient.

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Merci encore à Bruno Hastier de m’avoir accordé un peu de son temps. Nous en savons désormais beaucoup plus sur la fabrication d’une botte. Si vous désirez entrer en contact avec lui, cliquez ici.

Découvrez les interviews de mes autres invités de cette semaine spéciale : Axel Boursier, Nicolas Deschaux, Valérie Moaté.

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