On la connaît pour ses spectacles, ses one-woman-show, ses apparitions télévisées — notamment dans La Petite Histoire de France — et bien sûr pour ses livres devenus cultes.
Anne-Sophie Girard vient de publier, avec sa sœur Marie-Aldine, La mère parfaite est une connasse (éditions J’ai Lu), déjà en train de se hisser en tête des ventes. En pleine tournée promotionnelle, elle a accepté de nous accorder un moment.
Quel est votre rapport à l’univers drag ?
« Pour moi, c’est très lié à la nostalgie. Au lycée, vers 1995-1996, il y a eu une explosion en France avec Priscilla, folle du désert. J’avais la VHS, et avec ma sœur on connaissait toutes les chorégraphies par cœur.
Il y a ce côté “Madeleine de Proust” : Sister Queen, les chaussures à plateformes, les soirées où on s’habillait comme ça en boîte… Ça me rappelle une adolescence joyeuse, libre, un peu excessive. »
Avez-vous déjà assisté à des spectacles drag ?
« Oui, surtout à Montpellier à l’époque. Notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Depuis mon arrivée à Paris, je connais moins la scène actuelle. »
Une transformation totale, ça vous tenterait ?
« Oh oui ! J’adorerais. Et je suis sûre que je serais fabuleuse. » (Rires.)
« Mais à condition de faire ça sérieusement : un nom, un personnage, une esthétique. Pas à moitié. »
Votre nouveau livre vient de sortir. Comment vivez-vous les premiers retours ?
« On ne s’attendait pas à un accueil aussi rapide. On est ravies.
On est allées plus loin que dans les précédents. On aborde des sujets plus sensibles, mais toujours avec légèreté. Notre objectif reste le même : déculpabiliser les femmes.
Aujourd’hui, avec Instagram ou Facebook, tout semble parfait : les enfants sages, les intérieurs immaculés, les tapis toujours blancs. La réalité, ce n’est pas ça. Et ce n’est pas grave. Chacun fait comme il peut. »
Le précédent tome s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Vous l’imaginiez ?
« Impossible. Même l’éditeur était surpris. C’était un petit livre d’humour à cinq euros, dans une collection sans prétention. On appelle ça un “livre de toilettes”.
On l’a écrit comme un apéro entre copines… sauf qu’on ne savait pas qu’on avait autant de copines. »
Comment travaillez-vous à deux ?
« C’est long. Le plus long, c’est l’accumulation d’idées. Il y a 90 chapitres, et on ne veut jamais se répéter.
Ensuite vient l’écriture, qui prend plusieurs mois. Ma sœur était enceinte au début du projet, sa fille a aujourd’hui un an et demi. Ça donne une idée du temps que ça représente. »
N’y a-t-il pas une frustration quand un livre se lit très vite ?
« Un peu au début. Mais c’est un livre qui se feuillette, qui circule. On reçoit des messages de lectrices qui y mettent des post-it, qui le prêtent à leurs amies.
À cinq euros, il peut passer de main en main. On préfère ça à un livre qui reste fermé sur une table de chevet. »
Les phrases du livre, vous les avez toutes entendues ?
« Absolument. Soit vécues, soit racontées par des amies.
Je suis enceinte actuellement, et je n’en peux plus des conseils non sollicités. On dit juste aux femmes : n’écoutez pas tout. On vous dira toujours que vous faites mal. Faites comme vous pouvez. On vous envoie des câlins. »
On pourrait penser qu’en 2020 les choses se sont apaisées.
« J’ai l’impression que c’est pire. Dans les années 80, les mères ne se mettaient pas autant la pression. Elles ne connaissaient pas tous les risques, toutes les alertes alimentaires. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne peut plus rien faire sans culpabiliser. »
Vous êtes-vous censurées ?
« Jamais sur l’humour. Si ça nous fait rire toutes les deux, on garde.
On s’arrête seulement quand ce n’est plus drôle, quand ça devient anxiogène sans angle comique.
On ne fait pas de “name dropping”. L’idée n’est pas d’accabler, mais de déculpabiliser. Au pire, on passera pour des mères indignes. Mais on est juste des mères normales. »
La mère parfaite, elle existe ?
« Non. C’est une arnaque. Comme la femme parfaite avant elle.
Personne ne peut se sentir insultée par le titre, puisqu’elle n’existe pas. Et si elle existait… je n’aimerais pas l’avoir comme amie. Elle serait insupportable. » (Rires.)
Un prochain thème ?
« J’aimerais écrire la suite.
On écrit ce qu’on vit. Le premier parlait des célibataires, aujourd’hui on parle des mères. On verra ce que la vie nous réserve. »