Ghost Elektra, la Drag Queen Underground

Ghost Elektra, la Drag Queen Underground

J’ai déjà reçu ici Ghost Elektra il y a quelques mois sur Dragqueens.fr mais spécifiquement pour le Marché Drag & Queer.

Aujourd’hui c’est véritablement pour parler de son parcours en tant que Drag que je l’ai à nouveau invité.

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Pour débuter, peux-tu nous raconter comment tu as découvert l’art du Drag ?

Cela fait plus de 10 ans que j’évolue dans la scène Drag. J’ai découvert le Drag pour la toute première fois, quand je suis parti m’installer à San Francisco, aux États-Unis. Un ami m’a emmené dans ce qui était, à l’époque, le plus vieux bar gay de San Francisco, qui a malheureusement fermé depuis. Là-bas, j’y ai vu mon tout premier Drag Show.

Puis, je suis parti vivre à New York où j’ai commencé à jouer avec du maquillage et créer Ghost, mon premier personnage club kid. J’y ai rencontré de nombreuses DragQueens, beaucoup qui ont depuis fait RuPaul’s Drag Race. Je n’étais à l’époque pas intéressé par l’idée de faire moi-même du Drag car j’aimais la liberté que me laissait l’art “club kid”. Mais de fil en aiguilles …

Qu’est-ce qui t’a plu et attiré là-dedans ?

J’ai toujours eu un penchant pour la mode féminine. Déjà enfant, je nouais mon paréo en robe et ma serviette de bain sur la tête, en perruque. C’était le petit gay en moi. Ce qui m’a tout d’abord plu dans le maquillage, c’est la liberté d’exprimer ma créativité, de jouer sans limites avec la toile que peut être un visage.

Dans le Drag, c’est le glamour qui m’a le plus attiré. Lorsque j’étais un club kid, j’étais souvent limitée par cette frustration de ne pas vouloir faire trop “féminin”. Le Drag m’a permis de comprendre que je peux à la fois exprimer une féminité exacerbée, mais aussi être plus masculine. Car au fond, il n’y a pas de définition de ce qui est “féminin”.

Les perruques rocambolesques, les talons démesurés, les paillettes… tant d’artefacts qui m’ont toujours attiré et me donnent cette sensation de puissance et de confiance totale.

Tu te souviens de ta première fois en Drag ? As-tu une anecdote à nous raconter ?

Ma première fois en Drag, c’est une amie Drag Queen qui m’a maquillé. On devait sortir en soirée ce soir-là, elle avait son maquillage sur elle, pour une raison que j’ignore. Alors qu’on buvait un coup, elle me dit : “Ça te dit de te mettre en Drag ? Je n’ai pas envie de passer la soirée en Drag mais ça ne me dérange pas de te maquiller”.
Alors, elle m’a maquillé. N’ayant pas de look sous la main, j’ai mis un legging, un t-shirt Siouxsie and the Banshees, j’ai coupé un tote bag que l’on a noué en “head scarf” et on est sorties comme ça. Avec le recul, ce n’était vraiment pas glorieux, mais je me sentais trop fraîche sur le moment.

La première fois que je me suis mis en Drag moi-même, c’était un mois plus tard, le 19 Juin 2017 (il y a donc bientôt 5 ans). On est allées à la House of Moda. 5 ans plus tard, me voici Drag Queen à temps plein !

Ghost elektra dragqueens.fr Ghost Elektra by @resonnancenoire

Pour parler de Ghost Elektra, comment la présenterais-tu aux lecteurs ?

Ghost Elektra c’est une Drag Queen à l’âme sombre et au sang chaud.

Née il y a 5 ans des scènes underground, goth et techno, son Drag s’inspire des classiques tech noir et de science-fiction tels que Blade Runner, Ghost in the Shell et Matrix. Mélangeant son amour de la mode et la haute couture, avec son goût pour le bondage et le fétichisme, son esthétique est sensuelle, sombre et edgy.

Ses performances racontent toujours une histoire et prennent le plus souvent possible une dimension politique.

Elle est proche de toi dans la vie civile ou très éloignée ?

J’ai la sensation qu’elle s’éloigne de plus en plus de moi. C’est d’ailleurs un détail qui me frustre en ce moment. Quand Ghost est née, elle me ressemblait énormément. Mais dans un désir de toucher un public plus large, elle s’est un peu “mainstreamisée”. J’aspire à ce que cette année, je retrouve la Ghost Elektra d’il y a quelques années, plus sombre, plus subversive.

Est-ce que ton pseudonyme a une histoire ou signification pour toi ?

Ghost est le nom que j’avais donné à mon personnage club kid lorsque je vivais à New York. Mon esthétique prenait racine dans une base blanche avec un maquillage très “clown”. Je voulais un nom qui soit neutre, sans genre, et qui reflète mon esthétique. “Ghost”, qui veut dire fantôme en anglais, m’a paru idéal. Aussi, il était inspiré d’un personnage du jeu Enter The Matrix, inspiré d’un de mes films préférés, donc Ghost et Trinity sont les personnages principaux.

Elektra est arrivé un peu plus tard, lorsque je me suis lancé dans le drag. Je voulais féminiser mon nom. Celui-ci est inspiré du personnage de Marvel, Elektra Natchios, l’amante de Daredevil. (Je suis aussi fans de Comics, en plus de science-fiction. Un gros geek quoi !)

Ghost Elektra est donc née.

Ghost elektra dragqueens.fr

Quand on regarde ton travail et tes looks, on a l’impression que tu sais tout faire. Combien de temps passes-tu, en moyenne, pour préparer un look ?

J’apprécie énormément ce compliment ! Car ça n’a pas toujours été le cas ! Jusqu’à l’an dernier, je me plaignais de ne pas être assez éclectique et toujours faire la même chose. J’enviais les Queens plus jeunes qui semblaient savoir tout faire. Je me suis donc donné comme défi de me dépasser et d’essayer de nouvelles choses, et je suis plutôt contente du résultat, même si parfois j’ai la sensation de perdre un peu Ghost Elektra.

Cela prends de 1h30 à 4 heures pour me préparer, tout dépend de ce que je fais. Pour mon “go-to mug”, je peux faire ça en 1h30 maintenant. Pour quelque chose de plus complexe, comme un liner graphique, entre 2 heures et 2h30. Et pour un look vraiment complexe, une base colorée, un maquillage graphique, je peux mettre jusqu’à 4 heures.

Est-ce qu’à l’inverse il y a des maquillages ou des costumes que tu « t’interdis » ou que tu ne maîtrises pas encore ?

Oui, il y a bien évidemment toujours des choses que je ne sais pas faire. Mon application n’est pas la plus délicate et surtout je suis incapable de faire un trait d’eye-liner correct, donc j’évite les looks trop graphiques.

De toute façon, l’essence de mon Drag repose plus sur un look de la tête au pied que simplement un maquillage, donc je préfère miser sur des perruques intéressantes et des tenues sur-mesure, toujours plus poussées que sur un maquillage trop complexe ou expérimental.

Tu fais du Drag, notamment en Allemagne et en France. Est-ce que la scène Drag ou l’accueil dans les lieux est la même ou pas du tout ?

Pas du tout la même ! Le Drag à Berlin est beaucoup plus politique, activiste et repose bien moins sur l’esthétique. Il est aussi beaucoup plus inclusif : il accueille beaucoup de Drags Kings, club kids, et artistes Queer en tout genre. Le Drag Berlinois reflète parfaitement l’histoire mouvementée de la ville. Cependant, le Drag paie très peu à Berlin, c’est la raison pour laquelle je n’y travaille presque jamais. Les cachets ne me permettraient jamais de couvrir les dépenses de mon Drag.

Le Drag en France, même s’il a une dimension politique, repose beaucoup plus sur l’esthétique. Les queens Parisiennes et françaises sont bien connues pour être “polished”. Ça doit être les centaines d’années de culture de la mode et de l’art ! Nous avons parmi les meilleur.e.s perruquier.e.s, les meilleur.e.s designers, et donc par défaut du Drag très poussé. La barre est toujours plus haute.

Ce que je reproche au Drag Français, c’est qu’il est peut-être moins inclusif et se prend un peu plus au sérieux. Même s’il commence à évoluer et que j’ai bon espoir que cela change. Il y a aussi beaucoup plus d’opportunités pour le Drag en France, et notamment à Paris je trouve, plus qu’à Berlin.

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Tu es aussi producteur d’événements, peux-tu nous en parler un peu ?

Oui. Je suis président.e du collectif FORENSICS, un collectif LGBT ayant pour but de promouvoir les sous-cultures, les arts et la musique alternatifs de par la production d’évènements et par la représentation d’artistes pluridisciplinaires. Cela fait 4 ans que l’on produit de nombreux événements Queer et alternatifs, sporadiques ou réguliers, tels que la Tech Noire, la Snatched, ou plus récemment le Marché Drag & Queer : le tout premier marché Drag de France.

Malheureusement la situation actuelle nous a complètement paralysé, mais dès lors que les choses auront repris, nous avons énormément de projets en tête que nous avons hâte de mettre à exécution.

Est-ce que justement tu as des projets en cours que tu aimerais évoquer ?

Je ne veux pas trop m’avancer pour l’instant, mais je travaille actuellement sur la seconde édition du Marché Drag & Queer (qui devait avoir lieu au mois de Mai mais sera reporté à Juillet), ainsi que sur un brunch Drag régulier, et un apéro alternatif au Petit Bain. Dès que les clubs pourront rouvrir, on espère reprendre la Tech Noire. On a bloqué une date pour la seconde édition de la FORENSICS x Pornceptual à la Machine du Moulin Rouge, ainsi que pour la seconde édition de la Snatched. On croise les doigts pour que tous ces projets puissent venir à la vie.

Pour terminer, je te laisse le mot de la fin si tu veux en profiter pour t’adresses aux lecteurs ?

Celleux-ci peuvent me suivre sur Instagram à @GhostElekta, ainsi que sur YouTube où je partage des vidéos sur le maquillage et le Drag. Mais surtout, j’incite les lecteurs à découvrir leurs artistes locaux, celleux qui n’ont pas toujours un gros following sur les réseaux sociaux.

Car toutes les “Ru Girls” et toutes les Queens célèbres étaient autrefois des Queens locales. Et je trouve que la nouvelle génération biberonnée à RuPaul’s Drag Race à tendance à l’oublier. Le talent est là, il suffit de le découvrir et de le soutenir. 😉

#SupportLocalQueens

En attendant de vous retrouver sur scène, je vous attends sur Instagram !

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Merci encore à Ghost Elektra d’avoir pris à nouveau du temps pour moi. N’hésitez pas à la suivre pour découvrir ses talents et ses nombreux projets. Je lui souhaite que cela puisse se mettre en place le plus rapidement possible.

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