Sasha Kills, un.e Drag surréaliste

Sasha Kills, un.e Drag surréaliste

Avec Sasha Kills que je reçois aujourd’hui en invité, oubliez toutes les images que vous avez du Drag. Je l’ai déjà évoqué plusieurs fois sur le site, l’art du Drag est immensément vaste et toutes les représentations ont leur place ici.

Toutes ses performances Drag ne peuvent laisser indifférentes et iel propose un véritable univers à chaque fois. Afin de mieux découvrir ce personnage Alien loin du Drag « classique », je vous propose de plonger dans les réponses de Sasha Kills.

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Est-ce que tu peux nous dire de quelle manière tu as découvert l’art du Drag ?

Il y a eu pour moi, de nombreuses étapes de découverte de l’art du Drag. Étant originaire de Paris, forcément comme dans beaucoup de grandes villes, en sortant depuis l’adolescence j’avais déjà vu et rencontré des personnes faisant du Drag en soirée. Mais au départ, ça n’avait pas vraiment éveillé un réel intérêt pour moi. Car c’était, soit de l’imitation de célébrités à la Dalida ou Mylène Farmer, ou juste des personnes au bar avec leurs ami.e.s. La performance n’était pas encore là.

Par contre, j’appréciais déjà la flamboyance, le charisme et simplement le courage d’être visible ainsi en pleine ville. Car même si Paris a une réputation bohème à l’international, la réalité de la rue est tout autre et bien réelle même aujourd’hui. J’avais donc déjà beaucoup d’admiration, mais pas forcément encore l’envie ou l’inspiration.

Est-ce qu’il y a eu une personne ou un événement qui t’ont aidé à franchir le pas de faire toi-même du Drag ?

En 2013, je vivais à Los Angeles pour une résidence d’artiste pendant laquelle je produisais une série de dessins pour une galerie. C’était énormément de pression avec le côté rentabilité hyper exigeant et déshumanisant à l’américaine. J’avais tout juste fini mes études, c’était aussi la première fois que je vivais en solo, loin de ma famille et ami.e.s. J’avais besoin en urgence d’un exutoire. Un autre médium que le dessin où exprimer ma créativité sous peine de faire un burn-out.

En sortant dans les bars de West Hollywood, c’est là où j’ai eu ma véritable révélation du Drag. Avec des artistes qui n’étaient pas dans l’imitation de célébrités, mais dans la création de personnages/alter egos originaux, avec des performances très élaborées, et différentes de ce que j’avais pu voir jusqu’à présent. Et c’est à ce moment-là que je me suis dit : Je peux le faire aussi. Je suis loin de tout, de tout le monde, je peux me réinventer dans cette ville et m’essayer à la scène. Chose que je n’avais encore jamais faite venant de l’art visuel.

Au culot, j’ai demandé à participer à une scène ouverte à Micky’s, un bar de Los Angeles. C’est ainsi que j’ai commencé en lapin géant rose ensanglanté. Je n’ai pas arrêté depuis. Je pense que c’est le sentiment de nouveauté, le fait d’être dans un lieu inconnu qui m’ont donné la force et la liberté de faire naître Sasha Kills. Mais c’était depuis toujours en moi.

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Sasha Kills by Joe Boley

Tu as une anecdote sur ta première fois en Drag ?

Ma première fois était directement pour cette scène ouverte à Los Angeles au bar Micky’s. Je n’avais jamais pratiqué avant, et j’y allais vraiment à l’aveugle, sous adrénaline. Tant bien même que je n’avais même pas pensé à un nom pour me présenter ! Et c’est littéralement dix minutes avant d’aller sur scène que la présentatrice demande d’écrire nos noms sur un papier. J’ai dû vite improviser. Sasha est un prénom unisexe qui m’a toujours plu.e et suivi.e tout au long de ma vie et la musique sur laquelle je m’apprêtais à performer était de l’artiste Natalia Kills. Mon esprit a vite associé les deux et c’est resté, même huit ans après.

Et je dois dire que ce fut littéralement, comme la fulgurance pour trouver mon nom, une révélation de mon goût pour la scène et la performance. Une nuit magique et révélatrice.

Pour parler de Sasha Kills, comment pourrais-tu en parler en quelques mots ?

Sasha Kills est une entité imprévisible qui change de formes et de registres à volonté. Son histoire serait celle d’un extraterrestre tombé sur terre dans une sombre forêt. Cet Alien se serait alors fait posséder par une entité diabolique. Et, afin de survivre, aurait eu besoin de trouver un hôte humain : moi dans ce cas.

J’aime ce petit synopsis, car il résume bien les trois piliers principaux qui composent Sasha Kills : le surréalisme venu d’ailleurs avec l’extraterrestre, le côté ancien et sombre, subversif du Diable, et enfin la fragilité et l’émotion à nue de l’humain. Ces éléments sont toujours présents dans ce que je crée.

Est-ce que ce « personnage » te ressemble un peu dans la vie civile ?

Sasha Kills est une extension de moi-même. Mais la transformation, aussi bien physique que dans le mouvement, est tellement extrême qu’une séparation naturelle se fait. On m’appelle aussi Sasha dans ma vie de tous les jours. Mais la partie Kills apparaît seulement sur scène ou à des moments très choisis, presque comme dans un comics de super-héros. Cependant, toute ma personnalité, centres d’intérêts, références, choix esthétiques, sont réinjectés dans Sasha Kills. Mais augmentés à 10000 %. C’est comme une version hyper-boostée, extrême de moi-même.

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Sasha Kills by Marco Gorgoroso

Tu fais du Drag non-genré. Tu savais déjà que tu allais partir vers ce « style » de Drag quand tu as débuté ?

Je suis non-binaire dans ma vie personnelle ainsi que dans mon Drag. Je joue avec tous les registres de cet art : je vais aussi bien dans le Drag Queen (hyperféminité) que dans le King (hypermasculinité), que dans le non-genré. Tout dépend de la performance et de mon envie. Je définis ce que je fais comme du DRAG QUEER.

J’ai toujours aimé les esthétiques différentes, et cela, depuis l’enfance. Alors que beaucoup résonnaient avec les princesses, petits soldats et autres jouets à apparence humaine pour moi, c’étaient les dinosaures, les monstres, les créatures hybrides, difficiles à définir. Et les méchants dans les histoires qui nous étaient contées. Car ces personnages possédaient une plus grande liberté que les héros, si parfaits et aseptisés. Et surtout, étaient dépeints comme des parias incompris. Ce qui forcément, étant déjà à l’époque un enfant se sentant très différent de mes camarades, me parlait de manière extrêmement personnelle.

Ainsi, dès le début, ça n’a jamais été l’illusion uniquement féminine qui m’intéressait dans le Drag. Mais plutôt l’absence de codes, la liberté totale. Pourquoi vouloir ressembler à une Pop Star qui existe déjà, et qui a donc déjà son originalité, alors qu’on peut tendre littéralement à la Divinité ? Dans ce sens, comme dans la mythologie classique, le genre n’est qu’un costume qui n’existe pas réellement puisque ces divinités peuvent prendre toutes les formes qui leur conviennent. Ce concept m’a toujours plu.e et été présent dans mon Drag, de ma toute première performance à aujourd’hui.

Tu m’as dit que tout vient en premier du concept. Comment trouves-tu les idées en général ?

À l’image de Sasha Kills, c’est absolument imprévisible et partout. Venant tout d’abord d’une éducation artistique purement visuelle avec le dessin, mes idées et influences sont vraiment ouvertes à d’autres médiums que la performance sur scène classique. Cela peut être entendre une musique dans un magasin, regarder les actualités, voir une couleur sur un vêtement, être en transe devant un film, écouter une conversation… Il n’y a pas de logique ou de procédé définis.

Je dirais que lier la spontanéité du concept, avec quelque chose de personnel et sensible, suivi d’une exécution sans concession apportent vraiment des moments magiques.

Ton travail change énormément de ce que le grand public connaît du Drag mis en avant. As-tu déjà eu des réflexions ? As-tu déjà tu expliquer ?

Cela me fait toujours sourire quand on me fait cette observation, car je n’en ai sincèrement pas toujours conscience. Dans le sens où j’aime créer avant tout des choses qui me plaisent et qui résonnent de façon personnelle. Évidemment j’ai déjà eu, et fait encore parfois face à des réactions de surprise, mais pas forcément d’incompréhension. J’aime partager avec les autres. Et il n’y a rien qui ne me fasse plus plaisir que quelqu’un qui vienne me voir après une performance pour me demander ce à quoi faisait référence tel ou tel son ou images, costumes, etc…

Il me revient une anecdote à mes débuts, où un producteur de soirée m’avait dit comme un reproche que ce que je faisais était « trop artistique » pour le public. Ce qui était assez ironique sachant qu’il m’avait aussi dit une autre fois une chose qui par contre reste une vérité absolue : « Dans la vie, la différence que te reprochent le plus les autres : c’est ta force, c’est toi. C’est ton ticket gagnant. » Et en effet ça s’est vérifié.

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Sasha Kills by Marc Socié

Tu te produis en France et en Allemagne. J’avais posé la question à Ghost Elektra pour qui c’est le cas aussi. Est-ce que tu ressens une différence entre les 2 pays ? Que ce soit dans l’accueil ou dans la culture Drag ?

La scène Drag, comme toute scène artistique, est toujours le reflet du lieu où elle se déroule. Les différences culturelles se retrouvent aussi bien dans la vie de tous les jours que sur scène.

Berlin est une ville « laboratoire », ouverte à la nouveauté, à l’expérimentation imparfaite et surtout qui célèbre le droit à l’erreur. Paris est la « vitrine » : les choses sont finies, prêtes, bien empaquetées et esthétiques pour une consommation immédiate et sans bavure.

Il y a des défauts et qualités dans les deux approches bien sûr. Mais je me sens plus à l’aise, surtout en tant que personne non-binaire et visiblement Queer, à Berlin, où il y a un niveau de respect et tolérance qui n’existe pas à Paris. Ou dans si peu d’endroits pendant de si petits créneaux horaires.

Pour terminer, as-tu un petit mot de la fin pour les lecteurs ?

Cette devise justement : « Dans la vie, la différence que te reprochent le plus les autres : c’est ta force, c’est toi. C’est ton ticket gagnant. »

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Merci encore à Sasha Kills d’avoir pris du temps pour moi et pour ces réponses très détaillées. J’espère que vous en aurez appris plus sur iel et pour suivre son travail vous pouvez cliquer ici.

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