Janice Fine, la drag bavarde (Partie 1)

Janice Fine, mon invitée, est une véritable tornade latina a elle toute seule. Il suffit de croiser sa route une seule fois et vous vous en souvenez toute votre vie. Son énergie, son enthousiasme, son gout pour les paillettes et la scène ne peuvent laisser personne indifférent.

Janice est aussi bavarde qu’elle est talentueuse. Ainsi, je vous propose de découvrir son interview en deux parties. En espérant que son parcours et son travail vous toucheront et vous plairont autant qu’à moi.

 

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Pour commencer, peux-tu revenir un peu sur comment tu as découvert l’art du Drag au début ?

L’art du Drag, je l’ai découvert par le biais des soirées Garçon Sauvage organisées par le collectif « Plus belle la nuit » à Lyon. En effet, lors de ces soirées très festives, bienveillantes et inclusives, j’ai pu découvrir ces créatures sûres d’elles, magnifiques et ambivalentes. Avant même que Janice ne naisse, c’est lors de ces événements que j’ai pu expérimenter les prémices, de ce qui allait devenir, ma passion.

Par la suite, lors de Nuits sonores, j’ai pu assister à mon premier show drag grandeur nature par le collectif Les Dragones lors d’un spectacle absolument incroyable alliant son, lumières, performances scéniques. C’était vraiment hors du commun ! Je pense que ce que j’ai le plus aimé, c’était l’ambivalence des membres. Chacun avait sa propre personnalité et inscrivait leur art dans des univers très différents.

Il y a trois ans, j’ai intégré l’association CARGO, qui lutte pour l’inclusion au sein des activités sportives, et là, j’ai rencontré la Scandal’House ! À l’époque je n’imaginais pas qu’un jour, j’y serai membre ! Je les voyais s’amuser et performer avec assurance et talent dans certains événements proposés par l’association.

Puis, évidemment, Rupaul’s Drag Race a commencé à prendre de l’ampleur. Et épisode après épisode la petite étincelle que Chantal la nuit avait allumé en moi des années jadis a fini par former un brasier flamboyant qui fit jaillir Just Janice Fine ! Elle naquit le 14 septembre 2020, lors de la deuxième édition de Miss Drag Lyon, où l’on venait soutenir notre sœur, Orgyna Velour.

Une personne ou un événement t’ont aidé ou persuadé de franchir le pas et de faire du drag toi-même ?

Je dirais qu’il a eu deux étapes dans l’élaboration de mon drag.

La première, lors de ma rencontre avec Lady Gooffa, amie intime de mon ex-compagnon. Ce dernier avait un groupe d’ami très extravagant, inclusif, je les regardais se préparer pour les GS avec envie. Et grâce à cette ambiance extrêmement bienveillante, je me suis lancé de façon très sommaire à me travestir. J’utilise ce mot, car à l’époque, ce n’était pas encore du drag à proprement parler. Même si l’on retrouvait les éléments qui allaient devenir mes totems (à savoir les plumes, les strass et un goût prononcé pour l’extravagance et les détails), je ne me sentais pas forcément drag. Cependant, les rencontres que j’ai pu faire lors de ces soirées ont sans doute façonné fortement mon attrait pour cet art !

Lors des GS j’étais comme un enfant dans un magasin de bonbons. Tous mes sens étaient en éveil, puis surtout la gentillesse, les compliments et l’inclusivité dont faisait preuve ces créatures de la nuit à mon égard m’ont vraiment fait comprendre que je pouvais avoir ma place dans ce monde.

Janice Fine interview Dragqueens.fr

Puis la deuxième, des années plus tard, Adrien un de mes meilleurs amis que j’ai rencontré par le biais de CARGO, à vue en moi ce que je ne voyais pas à l’époque. Il me disait « tu seras la prochaine grande drag queen lyonnaise ». Je riais intérieurement, mais à force, son acharnement a fini par payer ! Grâce à lui j’ai eu le courage de contacter la Scandal’House et après quelques péripéties mes futures sœurs ont fini par me donner ma chance et me voilà ! Just Janice Fine était née !

Tout cela pour dire que le chemin vers l’acceptation, le courage de ses convictions, et l’assurance nécessaire pour croire en soi peut parfois être long. Mais croyez-moi, cela vaut vraiment la peine ! En deux ans de drag, je n’ai jamais regretté une seule seconde la voie que j’ai choisie.

As-tu une anecdote ou un souvenir particulier de ta toute première fois en Drag ? En privé ou en public.

Je m’en souviens comme si c’était hier et je pense que je le garderai au fond de moi jusqu’à la fin de mes jours…

Je vous plante un peu le décor. Ce fut le jour de mon baptême drag, mes sœurs m’avaient lancé comme défis de créer un look de A à Z afin de soutenir notre sœur lors d’un concours. Tu me connais, j’y ai bossé pendant des mois. J’ai pris des cours de maquillage, des cours de coiffure de perruques, j’ai regardé toutes les vidéos disponibles sur internet. Bref, tout ce qu’était possible et imaginable de faire en trois mois, je l’ai fait ! J’ai mis des semaines à coudre une traîne en plumes, à créer des accessoires… Mais le jeu en valait la chandelle, j’étais splendide ! (#modestie)

Je me souviens encore des compliments, des gens dans la salle qui me demandait pourquoi je n’étais pas sur scène. Tout cet amour, mais surtout, j’ai vu la fierté dans le regard de mes sœurs et de mes amis qui étaient venus me voir pour l’occasion. En somme, c’était une journée incroyable !

Tout ça pour dire, que lorsqu’une petite fille âgée de 7-8 ans s’approche de moi, et qu’elle dit à sa maman en tirant de sa robe : « Est-ce que je peux faire une photo avec la princesse ? » , j’ai littéralement fondu en larmes. Intérieurement, évidement. Après quatre heures des make-up, il ne faut pas déconner – oui, à l’époque, je mettais 4 h, on ne juge pas !. Je me suis agenouillée aussi bien que je le pouvais. Nous avons fait la photo. Et elle m’a pris dans ses bras et a murmuré « tu es belle ». À cet instant, je me suis dit que tous les sacrifices, toues la préparation, les épreuves et les barrières qui m’ont amené à cet instant valaient largement la peine.

J’ai décollé un papillon de mon épaule, et je lui ai donné : son regard s’est illuminé d’une telle innocence, d’un tel bonheur… Et comme si ce n’était pas suffisant, une grande partie de la salle avait assisté à la scène et s’est mise à applaudir… Mes premiers applaudissements !

Encore aujourd’hui, quand je me sens fatigué, quand je me demande si vraiment ça en vaut la peine, je pense à ce moment, et ça me fait l’effet du soleil sur Superman : c’est une source inépuisable d’énergie !

Comment pourrais-tu présenter Janice Fine aux lecteurs ?

« Escandalo ! Telenovela ! On dit de moi que je suis flamboyante… Je dirai que je suis ICONIC ! »… Just Janice Fine est une latina un peu cinglée qui ne prend au sérieux que son look !

Janice est née d’un besoin d’expression scénique, elle s’inspire des telenovelas de mon enfance que je regardais des heures durant avec ma mère. D’ailleurs, cette dernière est ma source d’inspiration numéro 1 ! Big hair, big ass, big jewels… Il faut que ça se voie tout en restant classe, moderne et girly : toutes les nuances de rose y passent !

Sa marque de fabrique : son accent #latinpower

Son animal totem : le papillon #mariahvibes

Sa couleur préférée : le violet #royalty

Son obsession : les boucles d’oreilles #bigisbetter

Originaire de la République Dominicaine, je m’inspire des femmes fortes et indépendantes qui m’ont élevé. C’est d’elles que je puise ma force et ma rage. J’essaie du mieux possible de leur rendre hommage avec mon art en proposant des performances endiablées et dramatiques où le « girl power » est omniprésent. Jlo, Shakira, Selena… Toutes les icones latines y passent, dans un mélange pop et dance qui vous fera tout de suite adhérer au personnage !

J’ai eu une enfance extrêmement cosmopolite. J’ai des origines chinoises de par mes arrières grands-parents maternels. Mes grands-parents maternels ont été bercés dans la culture hispano-dominicaine. Mes cousins par alliance libanais ont largement inspiré mon enfance et l’encrage dans la culture française lors de mon arrivé dans ce beau pays a entouré le tout d’un magnifique glaçage glamour et scintillant… Comme disait Céline Dion : « Les mélanges font des beaux enfants ». N’oublions pas que derrière toutes les étiquettes que la vie nous met, nous sommes avant tout Humains : nous méritons respect, compréhension et faire entendre notre voix !

Vous l’aurez compris : Just Janice Fine est drôle, sculpturale, flamboyante (#merciorgyna) et engagée !

Est-ce qu’elle te ressemble dans la vie civile ou pas ?

J’ai envie de citer l’incroyable Chrystal Chrystalyne qui me dit un jour : « Tu es aussi solaire en drag qu’en boy, et c’est rare, tu sais ». Sans l’ombre d’un doute, c’est le plus beau compliment que l’on ait pu me faire un jour. En effet, j’essaie d’inculquer à Janice les valeurs de positivité, d’inclusion et de bonne humeur qui font de moi qui je suis au quotidien.

Infirmier depuis deux ans, Janice n’est pas seulement mon alter-ego, mais aussi ma planche de salut qui me permet de supporter tout ce que je peux endurer à l’hôpital. On me dit souvent que ce sont deux univers contraires, mais au fond, je pense que le drag est un soin à part entière et qu’il devrait être remboursé par la sécurité sociale !

J’ai l’intime conviction que le rire et l’intérêt sincère pour autrui sont les meilleures armes pour affronter la vie. J’essaie donc à tout prix de transmettre la joie et de la bonne humeur autour de moi autant dans mon métier que dans mon art.

La plupart de mon entourage professionnel et personnel connaît Janice. Et que ce soient mes amis, mes collègues ou ma famille, ils m’encouragent et sont derrière moi à chacun de mes événements. Cela me donne un sentiment de sécurité extrêmement gratifiant. Si à mes débuts, les deux entités étaient bien distinctes, plus le temps passe et plus je me dis que l’un se nourrit de l’autre. La drag donne à l’infirmier la joie dont il a besoin pour affronter certains jours, et l’infirmier donne à la drag la discipline nécessaire pour mener à bien chacun de mes projets.

Tu fais partie de la Scandal’house qu’on connaît bien sur ce site, est-ce que tu peux nous dire quelques mots là-dessus ? 

Je dois avouer qu’au début, intégrer un groupe déjà créé me paraissait un peu ardu. Mais je pense avoir fait mes preuves afin qu’elles me considèrent comme l’une des leurs ! Tu leur demanderas !

C’est assez drôle d’ailleurs la façon dont j’ai intégré la Scandal. Car à la base elles ne recrutaient pas. Mais quand on me connaît un peu, on sait que quand on me ferme une porte au nez, j’essaie toujours de passer par une fenêtre. Et quand elles ont vu mon dévouement, mon envie et mon acharnement elles ont bien voulu de moi. Depuis, je leur rends la vie impossible !

Quand j’ai commencé nous étions 6. Pour des raisons personnelles, deux de nos sœurs (Bianca Milano et Storm Britany)  ont décidé de nous quitter, mais elles resteront à jamais notre famille, notre ADN, et c’est avec joie que nous les accueilleront toujours lors de nos événements ! Nous voilà donc les 4 mousquetaires, aussi éclectiques que fabuleuse : J’ai nommé Ora Discofagia, Orgyna Velour et Vicky Alba !!

 

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Merci à Janice Fine d’avoir accepté mon interview pour parler d’elle. N’hésitez pas à la suivre sur Instragram ou à aller l’applaudir à Lyon, seule ou en compagnie de ses soeurs.

La suite de l’interview se trouve ici.

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